Didier Castino

  • Un hymne à l'absent, à l'amour, à l'engagement.
    Hervé et Blanche ont vingt ans, débattent, volent des livres, s'aiment. Puis ils élèvent leurs trois enfants sans cesser de s'engager contre les désordres du monde. Jusqu'au jour où celui-ci s'embrase. Un conflit est annoncé, mondial, imminent. Place des Insurgés, à Marseille, Hervé attend Blanche pour manifester contre la guerre. Mais elle ne viendra pas. Un balcon s'est effondré. Elle passait dessous. Alors Hervé entre dans une autre guerre. Celle qui confronte à la privation de l'être aimé. Aux traces qu'il laisse. À son éclat aussi.

  • Dans un monologue adressé au plus jeune de ses trois fils, Louis Catella se raconte. L'usine d'abord, omniprésente : les Fonderies et Aciéries du Midi où il entre à 16 ans, s'épuise dans la fournaise, mène la lutte syndicale en 68 pour que triomphent les idéaux de la Gauche. Le chef de famille charismatique ensuite : l'amour de Rose, la 2 CV bleu glacier sur la route des vacances, l'éducation des fils, les cours d'orthographe à 40 ans pour passer enfin le certificat d'études... Mais l'autobiographie qui se met en place est pipée. En juillet 74, Louis Catella meurt au travail, écrasé sous un moule de plusieurs tonnes. Et pourtant le monologue impossible se poursuit, retraçant les étapes du deuil infini, le passage à l'âge adulte de ce fils qui n'avait que 7 ans au moment du drame. Pour lui, la figure paternelle est une mythologie façonnée par les souvenirs et les mots des autres, une rengaine unanimement élogieuse que l'on ressasse pour tromper le silence.
    Derrière la parole de Louis, apparaît peu à peu l'imposture du fils et un autre parcours. Celui d'un intellectuel plutôt bourgeois, cherchant la vérité, tiraillé entre le désir d'échapper à l'encombrant fantôme paternel et la peur de trahir.

  • Hiver 1986. Dans toutes les villes de France, les étudiants se révoltent contre le projet Devaquet sur la réforme des universités. Dans le Sud, puis à Paris, Hervé prend part aux manifestations, persuadé d'être au coeur de l'Histoire en marche. Mais dans la nuit du 5 au 6 décembre, derrière la porte du 20, rue Monsieur-le-Prince, Malik Oussekine meurt sous les coups de la police après une course-poursuite. Le mouvement étudiant se termine dans la sidération. Trente ans plus tard, Hervé revient sur ce moment dont les échos l'obsèdent. Il restitue l'émotion d'un élan collectif, réinvente l'indicible, cherche à percevoir l'invisible derrière le fait divers.
    Le récit, porté par une écriture minutieuse et fluide, circule entre 1986 et aujourd'hui, entre faits et fiction, certitudes et doutes. Un roman inquiet, fiévreux, d'une grande humanité.

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